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La référence pédiatrique en ligne

site complémentaire du livre Votre Enfant, des Drs Rossant, éditions Robert Laffont

Les splénomégalies (les grosses rates)

 

Un article de VotreEnfant.



$"Lors de la visite qui suit la sortie de maternité, le pédiatre observe une discrète splénomégalie sans autre anomalie clinique chez Michèle. Elle est née eutrophique au terme d'une grossesse normale. Aucun examen complémentaire n'est réalisé à cette date. Les différents examens cliniques mentionnent régulièrement l'existence d'un débord splénique jusqu'à l'âge de quinze mois, date à laquelle une échographie abdominale est réalisée ; elle note l'existence d'une loge splénique de 8 cm (ce qui semble confortable à cet âge) et une hépatomégalie. Par ailleurs, Michèle présente de multiples infections respiratoires, à la fois hautes (rhinopharyngites, otites) et basses (bronchites) pour lesquelles un dosage pondéral des immunoglobulines est normal. D'autre part, le test de la sueur normal a permis d'éliminer une mucoviscidose. La numération formule sanguine trouve une anémie avec une hémoglobine à 9,6 g/dl, une thrombopénie à 70000/mm3 et une vitesse de sédimentation à 28 mm à la première heure. Les sérologies virales (Cytomégalovirus, Epstein Barr virus) et le test de Coombs sont négatifs. L'enfant est alors adressée en hôpital de jour.

L'examen clinique est d'emblée orienté vers l'abdomen, qui apparaît volumineux, ballonné avec une voussure de l'hypochondre gauche, sonore, contrastant avec une matité de tout le flanc gauche. Une hépatomégalie déborde de 5 cm sous le rebord costal. Le reste de l'examen clinique trouve l'enfant en assez bon état général : poids de 8,6 kg, taille de 70 cm ; il n'existe ni adénopathies, ni purpura, ni dysmorphie. L'examen neurologique trouve un strabisme avec nystagmus discret. L'évolution chronique (depuis la période néonatale), avec une augmentation progressive de la splénomégalie s'associant à une hépatomégalie sans altération précoce de l'état général, fait suspecter principalement une maladie de surcharge, et plus particulièrement une maladie de Gaucher.

Un dosage enzymatique de la ß-glucosidase a été réalisé et confirme le diagnostic avec un taux effondré à 2,7 pour une valeur des témoins à 15. La présence d'anomalies neurologiques même discrètes fait évoquer un type 3 de la maladie. L'étude génotypique par biologie moléculaire confirme cette hypothèse en montrant que l'enfant est porteuse à l'état homozygote de la mutation du codon 444.

L'évolution ultérieure est émaillée de différentes complications :

  • sur le plan staturo-pondéral, il existe un important retard de croissance, à - 3 DS dans un premier temps, partiellement corrigé à - 2 DS par un traitement spécifique « substitutif » par Cérédase puis Cérézyme. Néanmoins, d'importantes anomalies osseuses persistent, avec à la fois une ostéopénie généralisée (Michèle n'a présenté aucune fracture) et surtout des anomalies de modelage des os longs (responsables d'importantes douleurs difficilement calmées par les antalgiques usuels) et des os courts (entraînant une cyphoscoliose) ;

Tout enfant amené chez le pédiatre, quel que soit le motif de la consultation, doit être entièrement examiné. Les parents sont parfois étonnés lorsque le médecin examine un enfant complètement alors qu'ils viennent pour un bouton sur le nez, un certificat de vaccination ou un banal problème psychologique.

En fait, un examen clinique complet doit être systématique, le médecin recherche un certain nombre d'anomalies et la palpation de la rate fait partie de l'examen de routine. C'est souvent ainsi que le diagnostic de "grosse rate" est porté.

A quoi sert la rate ?

Cet organe fait partie du système hématopoïétique. C'est dans ce viscère que viennent mourir les hématies à la fin de leur vie.

C'est également la collection de tissu lymphoïde la plus importante du corps humain.

[u Quelles sont les causes de grosses rates ?]

Les causes infectieuses [/u]sont les premières évoquées par le médecin :

  • une septicémie

[u]Les causes parasitaires [/u]sont ensuite envisagées :

  • la syphilis

[u]Les causes vasculaires[/u] entrent dans le cadre de l'hypertension portale :

  • hépatite chronique

[u]Les anémies hémolytiques [/u]provoquent aussi une splénomégalie :

  • l'ictère hémolytique du nouveau-né

[u]D'autres causes hématologiques[/u] peuvent entraîner une splénomégalie :

  • la mononucléose infectieuse

Certaines splénomégalies entrent dans le cadre des maladies de surcharge :

  • les sphingolipidoses (Gaucher, Nieman Pick...)

La maladie de Gaucher est la plus fréquente des maladies génétiques lysosomiales.

Décrite en 1882 par un étudiant français, elle se caractérise par un déficit en glucocérébrosidase. Cette enzyme permet la dégradation lysosomiale du glucocérébroside (glucolipide) en glucose et céramide. L'élimination du glucocérébroside s'effectue normalement dans les cellules du système réticuloendothélial.

Au cours de la maladie de Gaucher, ces cellules acquièrent par accumulation dans les lysosomes une morphologie caractéristique. La transmission de la maladie est autosomique récessive ; le gène responsable est situé sur le bras long du chromosome 1. La mutation du gène entraîne une diminution de l'activité enzymatique; au cours des types 2 et 3 de la maladie, l'activité enzymatique est quasi nulle. La mutation est liée à une seule substitution sur le codon 444 du gène. Il existe trois types de phénotypes.

Le type 1 est le plus fréquent (99 % des cas), particulièrement au sein de la population juive ashkénaze, où l'incidence de la maladie est de 1/450 (un sujet sur 10 est porteur) alors qu'elle est de 1/40000 (un sujet sur 100 est porteur) dans le reste de la population. L'expression de la maladie est très variable (âge de début, sévérité des symptômes) ; son évolution est chronique sans atteinte neurologique. Le tableau clinique est constitué d'une hépatosplénomégalie avec thrombopénie, d'une anémie et de manifestations osseuses.

Le type 2 est une forme précoce (l'âge de révélation moyen est de trois mois), qui se caractérise par une atteinte neurologique (syndrome pyramidal et extrapyramidal, atteinte des nerfs crâniens, épilepsie myoclonique) dont l'évolution est fatale en quelques mois.

Le type 3 est une forme « intermédiaire», qui débute volontiers comme dans le type 1, puis se complète dans l'enfance ou l'adolescence par une dégradation neurologique. Le signe neurologique initial est l'apraxie oculomotrice accompagnée de mouvements oculaires.

L'évolution de la maladie concerne principalement :

  • l'atteinte splénique. La splénomégalie est corrélée à l'évolution de la maladie.

Elle est le plus souvent douloureuse. Cette splénomégalie est responsable d'un hypersplénisme avec séquestration anormale et importante de cellules sanguines, faisant de la pancytopénie une caractéristique de la maladie. L'anémie et la thrombopénie permettent d'expliquer la fatigabilité et les saignements à type d'épistaxis; la neutropénie est rarement symptomatique

  • l'atteinte hépatique. Malgré une hépatomégalie parfois considérable, l'évolution vers une cirrhose ou une insuffisance hépatique reste exceptionnelle ;
  • l'atteinte osseuse est la principale complication de la maladie pour les types 1 et 3. Il s'agit avant tout de douleurs osseuses, à type de douleurs chroniques liées à des défauts de modelage des os, mais surtout de douleurs aiguës liées aux infarctus osseux. Ces dernières sont d'apparition brutale, au niveau du rachis, du bassin, des os longs, qui sont parfois le siège de signes inflammatoires locaux pouvant faire penser à une ostéomyélite. Les signes radiologiques sont dominés par l'ostéopénie. Il apparaît une déminéralisation progressive et diffuse du squelette responsable de tassements vertébraux et de fractures. Des ostéonécroses aseptiques des têtes fémorales sont fréquentes. Surtout, l'élargissement bilatéral et symétrique de la région métaphyso-diaphysaire de l'os (partie distale du fémur et proximale du tibia) donne un aspect en « flacon d'Erlenmeyer » quasi pathognomonique de la maladie. Ces anomalies ont une traduction clinique à un stade évolué de la maladie (cyphoscoliose, déformations des os longs). Par ailleurs, les anomalies osseuses peuvent se majorer après splénectomie ;
  • l'atteinte neurologique est rare. Elle est prédominante dans le type 2, où elle grève le pronostic. Elle est variable dans le type 3, à la fois quant à l'âge de début et à l'intensité. Une épilepsie myoclonique, une ataxie cérébelleuse, un syndrome extrapyramidal, une atteinte intellectuelle progressive peuvent être observés.

L'apparition de troubles de l'oculomotricité et de crises convulsives permet de reconnaître une maladie de type 3.

Le diagnostic n'est plus porté sur la recherche de cellules de Gaucher au myélogramme, mais sur le dosage de l'activité enzymatique de la glucocérébrosidase. Celle-ci est inférieure à 30 % de la valeur témoin. Chez les sujets hétérozygotes, cette activité peut être diminuée mais tout en restant supérieure à 30 % ; elle est alors sans retentissement clinique.

Les méthodes de biologie moléculaire permettent d'identifier la mutation responsable.

Elles ont leur intérêt pour un diagnostic anténatal, mais également pour le pronostic.

Le traitement repose sur le traitement substitutif enzymatique avec perfusions régulières de glucocérébrosidase d'origine génétique (Cérézyme). Il permet une régression de l'anémie dans 70 % des cas, mais de la thrombopénie dans moins de 50 % des cas. L'organomégalie régresse également dans environ 40 % des cas. Il existe une amélioration plus tardive des douleurs et des anomalies osseuses, surtout dans les formes les plus sévères. Le traitement symptomatique reste toujours d'actualité, notamment la prise en charge des anomalies osseuses sévères, pour lesquelles des corrections orthopédiques sont parfois nécessaires

.

Les autres causes sont plus rares :

  • la maladie de Still


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