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La référence pédiatrique en ligne

site complémentaire du livre Votre Enfant, des Drs Rossant, éditions Robert Laffont

Les mycoses cutanées

 

Un article de VotreEnfant.

Sous le terme de "mycoses", on entend l'ensemble des affections produites par des champignons, parasites intermédiaires entre végétaux et bactéries, uni ou pluricellulaires, ne synthétisant pas de chlorophylle.

Ces affections sont en augmentation croissante du fait de la multiplication des médicaments qui favorisent le développement des monilioses et la multiplication des contacts inter-humains qui favorisent l'extension des dermatophyties.

On distingue 3 grands groupes de mycoses :

  • les dermatophyties;
  • les monilioses (candida albicans);
  • le pityriasis versicolor.

Les deux premiers groupes de mycoses donnent des symptômes à peu près similaires et seul le prélèvement mycologique permet d'établir le diagnostic exact nécessaire pour le choix du traitement.

Sommaire

Les dermatophyties

Les dermatophytes sont des champignons caractérisés par leur affinité pour la kératine (cheveux, ongles).

Les teignes


Voir aussi : Mon enfant a un problème sur la langue

La localisation des dermatophytes au niveau du cuir chevelu (teignes) se voit chez l'enfant entre 3 et 12 ans. Connues depuis l'Antiquité, les teignes sont toujours d'actualité et continuent à se propager malgré l'utilisation de traitements efficaces. Elles résultent de l'atteinte du follicule pileux et du poil par certains champignons (dermatophytes Microsporum et Trichophyton) qui pénétrent le cheveu.

La transmission se fait à partir d'autres enfants dans les crèches et les écoles, de membres de la famille partageant tondeuses, casquettes et bonnets (dermatophytes « anthropophiles ») ou d'animaux (chiens, chats : dermatophytes « zoophiles »). La contamination par le sol (dermatophytes géophiles) est possible. Les porteurs asymptomatiques sont fréquents.

Ces mycoses superficielles étant très contagieuses, la connaissance du dermatophyte en cause et par conséquent le mode de contamination sont importants à connaître pour lutter contre la propagation de la maladie. En effet, une teigne anthropophile implique des mesures d'éviction et un dépistage familial et scolaire plus impératifs qu'une teigne zoophile. C'est dire l'importance du prélèvement mycologique. Les agents pathogènes les plus fréquents sont des dermatophytes anthropophiles dans plus de 94% des cas (M. langeronii, T.soudanese, T. violaceum, T. tonsurans.) et zoophiles dans 6% des cas (M. canis).

Trois types de teignes du cuir chevelu sont connus mais au début toutes les teignes se présentent sous le même aspect de petites plaques squameuses parfois légèrement érythémateuses. L'examen en lumière de Wood et le laboratoire sont les moyens de diagnostic précoce. Ce n'est qu'après trois semaines que l'aspect devient caractéristique avec atteinte du cheveu.

On distingue 3 types de teignes du cuir chevelu :

  • les teignes tondantes
  • les teignes suppuratives
  • le favus

Les teignes tondantes

Elles atteignent rarement l'enfant avant 3 ans.

Une plaque squameuse constitue la lésion sur laquelle les cheveux parasités sont cassés courts et tous de la même longueur. Le contour de chaque plaque est bien limité. Un simple état squameux est observé dans 25% des cas.

Progressivement, les teignes tondantes s'étendent en l'absence de traitement mais guérissent toujours sans alopécie cicatricielle.

Le diagnostic est évoqué lors de l'examen sous lumière de Wood et confirmé par le prélèvement mycologique systématique (examen direct des cheveux et culture sous 3 semaines). Cet examen nécessite l'arrêt de tout antifongique local au moins 8 jours avant afin de ne pas empêcher la culture et l'arrêt de tout topique huileux 3 jours avant afin de ne pas gêner l'observation microscopique).

On distingue les teignes tondantes à grandes plaques et les teignes tondantes à petites plaques :

  • Les teignes tondantes à grandes plaques sont dues à des microspores. Le chat est le vecteur contaminateur. Les plaques sont peu nombreuses et mesurent quelques centimètres. A leur niveau, les cheveux sont courts et recouverts de squames poudreuses grisâtres. Les cheveux s'arrachent facilement et leur base est engainée. En lumière de Wood, les cheveux parasités sont fluorescents.
  • Les teignes tondantes à petites plaques sont dues aux trichophytes. Les plaques sont petites et les cheveux sont cassés très courts, englués dans des squames. Au sein de la plaque, tous les cheveux ne sont pas cassés. Les limites des plaques ne sont pas très nettes. Le cheveu parasité n'est pas fluorescent en lumière de Wood.

Les teignes suppuratives

Les kérions microïdes débutent par un aspect de teigne tondante qui prend un aspect inflammatoire puis suppuré après 3 semaines. C'est une lésion suppurée bien circonscrite du cuir chevelu. Il n'y a pas de fièvre ni d'adénopathies satellites. Cette lésion est responsable d'une alopécie cicatricielle définitive.

Le favus

La teigne favique est contagieuse, inter-humaine et dure toute la vie. La lésion débute par une plaque érythémateuse puis squameuse qui bientôt prend l'aspect caractéristique de plaques croûteuses jaunes-grisâtres, composées de godets faviques agglomérés.

Le godet favique est une petite cupule régulière, ronde, dont le centre est occupé par un cheveu. Le godet est constitué par une masse friable de mycélium obstruant un orifice pilaire. Cette matière peut s'enlever à la curette. Sous cette masse, la peau est inflammatoire, suppurée ou ulcérée. Les cheveux s'arrachent facilement avec leur racine entourée d'une gaine blanchâtre.

Traitement

Il dure 1 à 2 mois selon l'importance des symptômes et repose sur l'association d'antifongiques locaux et des mesures d'hygiène.

L'enfant doit éviter le contact avec ses frères et sours.

La coupe des cheveux s'impose pour permettre un traitement efficace mais le rasage n'est pas souhaitable car il est responsable de petites plaies qui facilitent la pénétration des dermatophytes dans l'organisme.

On applique ensuite sur le cuir chevelu une lotion antifongique afin de détruire les spores de dermatophytes autour des cheveux et sur le cuir chevelu :

  • Mycoster lotion : 1 fois par jour
  • Amycor lotion : 1 fois par jour
  • Pévaryl lotion : 2 fois par jour
  • Sporiline lotion : 1 fois par jour (le flacon est plus grand et le traitement est plus économique).

En cas de lésions croûteuses, il faut d'abord décaper avec un kératolytique (Kélual émulsion, Kératosane gel etc.).

Le traitement général repose sur la griséofulvine (Griséfuline comprimés sécables à 250 et 500 mg, Fulcine forte comprimés sécables à 500 mg). Les doses sont de 10 à 20 mg par kg par jour chez l'enfant, en deux prises, à prendre au cours de repas riches en graisses pour en favoriser l'absorption. Les effets secondaires sont rares (urticaire, photosensibilisation, diarrhées, douleurs abdominales, céphalées, vertiges, atteintes hépatiques et hématologiques). Le kétoconazole (Nizoral comprimés à 200 mg et suspension buvable) peut éventuellement remplacer la griséofulvine (4 à 7 mg/kg/jour) mais des effets secondaires sont également décrits (allergie cutanée, urticaire, prurit, céphalées, vertiges, nausées, vomissements, diarrhée, gynécomastie). La durée du traitement est de 4 à 6 semaines. Les autres antifongiques per os sont inefficaces : Triflucan et Lamisil n'ont pas d'AMM dans les teignes de l'enfant.

La déclaration aux services de Santé est obligatoire (décret du 29 janvier 1960). Une enquête épidémiologique doit être effectuée afin de rechercher l'agent contaminateur (camarades de classe, fratrie, adultes vivant au foyer, chaton etc.). Les prélèvements des porteurs asymptomatiques de spores par compresse ou écouvillon sont des actes non remboursés par la Sécurité sociale. L'animal doit être confié au vétérinaire.

L'éviction scolaire obligatoire (arrêté du 3 février 1912.) s'imposait aux enfants teigneux jusqu'à guérison. Aujourd'hui, cette éviction n'est plus systématique sous réserve de la prise en charge médicale rapide de l'enfant atteint. Ainsi l'éviction scolaire reste maintenue dans le cas où l'enfant contaminé ne peut présenter un « certificat attestant d'une consultation, d'un diagnostic de teigne confirmé par un prélèvement mycologique et de la prescription d'un traitement adapté ».

Les porteurs sains dépistés lors du prélèvement mycologique doivent être traités par des shampoings : Kétoderm sachets moussant (2 fois par semaine pendant un mois), ou Sporiline lotion moins onéreux.

Des mesures de prévention s'imposent : usage individuel de peigne, brosse, linge de toilette, remplacer la tondeuse à cheveux familiale par des rasoirs à usage individuel, pas d'échange de casquettes, bandeaux, écharpes etc.

Il faut désinfecter (eau de Javel, savon, spray antifongique) les peluches, jouets, doudous en tissu, moquette, taie d'oreiller etc.

Les autres dermatophyties

L'herpès circiné est une lésion très caractéristique. Il s'agit d'une plaque ronde dont le centre est érythémato-squameux et la bordure plus foncée, vésiculeuse.

Les onychomycoses se traduisent par l'atteinte des ongles.

Le pied d'athlète correspond à un intertrigo des orteils. Il est favorisé par le port des chaussures fermées ou de bottes, la fréquentation des terrains de sport, des plages et des piscines.

Le traitement repose sur la griséofulvine par voie générale et les traitements locaux :

  • désinfection avec Bétadine®, Sporiline® ou Thérops®
  • puis application avec la pommade à la griséofulvine

Les monilioses : candidoses (candida albicans)

Le candida albicans est une levure saprophyte des muqueuses responsable du muguet buccal du nourrisson et de l'enfant débilité (déficiences de l'immunité cellulaire, traitements immunosuppresseurs (corticoïdes), antibiotiques prolongés, diabète, brûlures étendues etc...)

Le muguet buccal se reconnaît par la stomatite qu'il provoque avec enduit blanchâtre en plaques s'étendant rapidement et entraînant des troubles de la succion et de la déglutition. Non traitée, la candidose buccale se propage à tout le tube digestif provoquant diarrhées et vomissements. Cette propagation est favorisée par l'utilisation des antibiotiques oraux. L'inflammation de la région anale traduit cette propagation.

L'érythème fessier : Une candidose cutanée est fréquente au niveau des fesses et des organes génitaux du nourrisson. Un simple érythème papulo-érosif du siège peut ainsi rapidement évoluer vers une dermatose très irritative, confluente et suintante, douloureuse, à bords géographiques nets.

L'intertrigo est l'infection candidosique des plis cutanés : aines, aisselles, commissures labiales (perlèche).

Le pied d'athlète peut être provoqué par le candida albicans aussi bien que par un dermatophyte.

Onyxis et périonyxis sont souvent provoqués par les monilioses.

Les traitements

La nystatine est le produit spécifique :

  • Mycostatine® suspension buvable : 5 à 30 doses/jour en 4 prises
  • Mycostatine® pommade
  • Mycolog® (néomycine, nystatine, triamcinolone acétonide)

L'amphotéricine B

  • Fungizone® sirop : 1 cuillère à café/10 kg/24 h
  • Fungizone® pommade
  • Fungizone® lotion

La natamycine ou pimaricine (Pimafucine® pommade, Pimafucort® pommade) et la 5 fluorocytosine (réservée aux cas rebelles et graves) sont des produits également actifs.

Certains produits dérivés des imidazoles sont actifs à la fois sur les candidoses, les dermatophyties et le pityriasis versicolor :

  • Fazol® (isoconazole) crème
  • Daktarin® (miconazole) : crème, gel, lotion
  • Trimysten® (clotrimazole) : crème
  • Pévaryl® (éconazole) : lait dermique, crème dermique, spray-poudre, spray-solution.

Le muguet buccal du nourrisson se traite par des nettoyages de bouche avec de l'eau bicarbonatée (eau de Vichy ou sérum bicarbonaté du Codex) et de la Mycostatine® (ou du gel buccal Daktarin®) en alternance.

Le pityriasis versicolor

Il s'agit d'une mycose superficielle et squameuse due à un parasite appelé : Malassezia furfur...

Le pityriasis versicolor achromique peut se traduire par des taches blanches finement squameuses sur le thorax, contagieuses ou par des taches blanches non squameuses, résiduelles, majorées par l'exposition au soleil et non contagieuses.

Ces taches doivent être différenciées du vitiligo qui comporte des zones dépigmentées symétriques plus étendues, géographiques avec hyperpigmentation périphérique. Il faut également ne pas les confondre avec des éczématides achromiantes ou « dartres »

Le traitement est purement local mais doit durer 4 à 8 semaines :

  • toilette avec un savon antiseptique
  • puis application de Selsun® (sulfure de sélénium) ou de Sporiline®.

Les dérivés des imidazoles (Fazol®, Daktarin®, Trimysten®, Pévaryl®, Fonderma® etc...) sont également actifs.

Le linge et la literie doivent être désinfectés.

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