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La référence pédiatrique en ligne

site complémentaire du livre Votre Enfant, des Drs Rossant, éditions Robert Laffont

Le soja et l'enfant

 

Un article de VotreEnfant.

Place du soja dans l'alimentation de l'enfant aujourd'hui :


(5 et 6 juin 2007) : exposé du Dr L.Rossant au format PDF

Conférence du Dr Lyonel Rossant aux Entretiens de Bichat (2005)


Sommaire

Se trompe-t-on de combat ?

Commentaires sur le rapport AFSSA sur les phyto-oestrogènes du soja

Un principe de précaution comme exception française ?

rapport de l'AFSSA

Un groupe de travail constitué de 23 personnes réunies dans le cadre de l'AFSSA s'est penché sur l'évaluation du risque lié à la consommation répétée et à long terme des compléments alimentaires contenant des phyto-oestrogènes du soja (isoflavones). Il devait également s'intéresser aux risques éventuels liés à la consommation de produits dérivés du soja pour le nourrisson et le jeune enfant .

Les points importants du rapport- concernant l'allergie croisée avec les protéines du lait de vache : "chez le nourrisson et l'enfant en bas âge, et si la mère ne souhaite pas allaiter, la solution des laits HA est la plus recommandée. Les préparations à base de protéines de soja (PPS) sont désormais déconseillées au moins jusqu'à 6 mois, si l'enfant est à risque allergique, car le soja lui-même peut être responsable d'allergies"

  • L'AFFSA indique que les études épidémiologiques ne montrent pas d'effet défavorable des aliments au soja sur la fonction thyroidienne mais un cas publié fait penser que les besoins en hormones thyroïdiennes pourraient être augmentés chez les patients hypothyroïdiens
  • "de nombreux travaux expérimentaux montrent que les phyto-oestrogènes ont des effets sur le développement et le fonctionnement neuro-endocrinien et immunitaire dans différentes espèces animales. Cependant, malgré la forte exposition et les concentrations plasmatiques rapportées chez des nourrissons alimentés de façon prolongée avec des PPS, il n'a pas été observé jusqu'à présent de troubles particuliers de la croissance et du développement endocrinien. Toutefois, on ne dispose pas d'études à long terme portant notamment sur la fertilité. Compte tenu de l'état actuel des connaissances et des incertitudes concernant les effets à long terme des fortes doses d'isoflavones ingérées de façon prolongée par des nourrissons (dans le cas où les PPS sont utilisées par leur alimentation à défaut d'allaitement maternel ou de lait de vache), il parait prudent de ne pas recommander pour la tranche d'âge de la naissance à 3 ans l'utilisation de PPS si celles-ci ne sont pas à teneur réduite en isoflavones.
  • Les aliments à base de soja (tonyu ou lait de soja, miso, tofu, "yaourts" et desserts au soja) sont déconseillés aux enfants de moins de 3 ans.

Commentaires

L'alimentation des enfants à base de soja existe depuis des siècles en Orient. La première préparation destinée aux nourrissons date de 1909 et son utilisation chez les nourrissons intolérants au lait de vache date de 1929 . Ces préparations à partir de farines de soja avaient une couleur et une odeur très particulières et provoquaient souvent diarrhée et ballonnement. L'isolement des protéines de soja dès 1960 a fait disparaître ces inconvénients.

Evoquer le soja et l'enfant impose de parler de deux phases différentes :

  • la période d'allaitement exclusif durant laquelle le nourrisson ne boit que du soja
  • la période de la diversification avec introduction des nouveaux aliments dont le soja peut faire partie

L'alimentation aux PPS exclusive au cours des 4 à 5 premiers mois

Les PPS existent depuis 40 ans aux Etats-Unis où elles sont largement utilisées (25% des nourrissons) en raison de leur composition exempte de lactose. En effet, la diversité des populations est telle que le nombre d'individus dépourvus de lactase est très important. Avec ce recul de 40 ans et des millions de nourrissons alimentés (dont plusieurs sont maintenant eux-mêmes parents), aucun trouble particulier n'a été constaté. Les PPS ont fait l'objet de nombreuses recommandations de l'Académie Américaine de Pédiatrie, les dernières datant de 1998. Une étude de Zeiger de 1999 confirme leur utilité dans les cas d'allergie aux protéines du lait de vache.

En Europe, le Comité de Nutrition de l'ESPGAN a élaboré en 1990 des recommandations concernant les PPS confirmant leur utilité dans certaines indications (réactions "adverses" aux PLV, régimes sans lactose et végétaliens) de même que leur sécurité d'emploi.

En France, le Comité de Nutrition de la SFP a publié en 2001 une mise au point rejoignant dans ses conclusions l'avis de l'Académie Américaine de Pédiatrie. Chouraqui estime en 2004 que l'absence d'OGM et un taux bas en phyto-oestrogènes autorisent leur utilisation chez le jeune enfant, de préférence après 6 mois . Cette limite de 6 mois est également préconisée selon le principe de précaution par Catherine Benneteau-Pelissero en 2004.

Les experts de l'AFSSA mettent en avant que "de nombreux travaux expérimentaux montrent que les phyto-oestrogènes ont des effets sur le développement et le fonctionnement neuro-endocrinien et immunitaire dans différentes espèces animales".

En réalité, deux études très médiatisées motivent leurs craintes.

  • La première (Yellayi S. ) date de 2002. Elle a été réalisée aux Etats-Unis et fait état d'une action de la génistéine sur l'involution du thymus et de modifications immunitaires. Cette étude a été réalisée chez la souris ovariectomisée à laquelle était directement injecté par voie IV ce phyto-ostrogène purifié. Les hypothèses émises par les auteurs concernant les éventuels effets potentiels sur le système endocrinien n'ont absolument pas été avérés chez l'homme et a fortiori chez le nourrisson. Les auteurs de cette étude ne sont d'ailleurs pas catégoriques et ne parlent que d'effets "potentiels" d'une forte consommation d'isoflavones qui "nécessiterait" des précautions.
  • La deuxième, Sharpe R.M. date également de 2002 et a été réalisée en Grande-Bretagne. Elle concerne les effets des phyto-oestrogènes sur les testicules et les taux sanguins de testostérone chez le bébé singe marmoset. Les auteurs concluent que l'attitude la plus prudente serait de limiter la consommation d'isoflavones pendant les 3-5 premiers mois de la vie. Un prochain travail de cet auteur sera publié fin 2005 et mettra fin, espérons-le, à cette théorie!

Les autres études sont au contraire tout à fait rassurantes mais ne sont pas médiatisées  : les experts du Ministère britannique de la Santé ont publié en juillet 2003 un rapport complet très rassurant, des études à long terme ont été débutées en 2004 , l'étude de Strom en 2001 parue dans le JAMA mentionne l'absence de différence significative à l'âge adulte entre les nourrissons ayant reçu une préparation à base de lait de vache et ceux ayant reçu des PPS. La conclusion de cette étude mesurant 30 paramètres différents ne relève aucune anomalie. L'étude Giampietro (2004), Badger (en cours 2005) montrent que la consommation précoce de formules infantiles au soja n'entraîne pas de différence de développement par rapport aux formules infantiles à base de lait. Russell Merritt montre en 2004 que les PPS n'ont aucun effet délétère sur la croissance, le développement et les fonctions de reproduction.

La diversification alimentaire

La diversification fait appel soit aux aliments de consommation courante, soit à des aliments spécifiquement adaptés aux jeunes enfants, c'est-à-dire spécialement étudiés pour eux et dont la composition est conforme à une législation très stricte qui vise à prévenir les risques de la diversification précoce, limitant les apports en sucres, sel et graisses, fournissant juste ce qu'il faut en protéines, acides gras essentiels, vitamines, minéraux etc . Ces produits, pour excellents qu'ils soient, ne peuvent constituer, ne serait-ce que pour des raisons pratiques et économiques, la base de l'alimentation de l'enfant de plus d'un an.

Les aliments au soja sont intégrés à l'alimentation des enfants asiatiques dès le début de la diversification, notamment le tofu à partir de 4 ou 6 mois, sans qu'aucune incidence sur leur développement n'ait été rapportée malgré 4000 ans de recul de consommation.

Riche en potassium, magnésium, fer, vitamine B9 (folacine), phosphore, cuivre, vitamine B1 (thiamine), vitamine PP (niacine), vitamine B2 (riboflavine), vitamine B6 (pyridoxine), le soja contient aussi du zinc, du cuivre, du manganèse, de l'iode... Le soja contient plus de vitamine B1 que la viande, plus de fer que les épinards, plus de phosphore que le poisson.

Riche en acides gras poly insaturés, le soja contient deux acides gras essentiels (acides linolénique et linoléique), de la lécithine mais pas de cholestérol. Le soja contient du calcium mais il en diminue l'absorption intestinale (en raison de la présence d'acide phytique).

C'est la légumineuse la plus riche en protéines végétales. Les protéines de soja contiennent tous les acides aminés essentiels même si la méthionine est assez basse. Elles sont en revanche riches en lysine, acide aminé qui manque dans le blé et autres produits céréaliers. La consommation simultanée de soja et de produits céréaliers permet une complémentarité des protéines, très utile en cas de végétarisme.

On veut bien admettre que le principe de précaution, recommandé par l'AFSSA puisse s'appliquer aux nourrissons de moins de un an. C'est tripler la zone de sécurité préconisée par les auteurs des études eux-mêmes.

En revanche, aucune étude ne justifie d'étendre cette précaution aux enfants de plus de un an.

Récemment, le guide alimentaire édité dans le cadre du PNNS (Programme national Nutrition Santé) et concernant la petite enfance (de la naissance à 3 ans), stipule que « les jus ou crèmes (desserts) de soja ne sont pas adaptés aux enfants de moins de 3 ans » (page 18 du guide PNNS). Jusqu'à présent, aucune instance nationale ou internationale n'avait émis de restriction de consommation concernant les aliments au soja au delà de 6 mois.

Les aliments au soja (notamment le lait de croissance conseillé de 1 à 3 ans a bien meilleur goût que les hydrolysats poussés souvent refusés par les enfants), les desserts au soja etc. représentent une solution, après conseil du pédiatre, notamment chez les enfants intolérants au lait de vache (après confirmation de l'absence de sensibilisation au soja, ce qui représente environ 85% des enfants intolérants aux PLV).

L'AFSSA préconise de ne pas dépasser 1 mg/kg d'isoflavones par jour.

Le tableau ci-dessous montre qu'une alimentation diversifiée raisonnable apporte moins d'isoflavones que la quantité maximale autorisée par l'Afssa.

Simulation de consommation d'aliments au soja Quantité d'Isoflavones consommées par jour Quantité d'Isoflavones selon la dose Afssa

Enfant de 1 an : 10kg 1 biberon de 250 mL de Sojasun Croissance 7,5 mg/jour 10 mg

Enfant de 3 ans : 14kg 1 bol de 200 mL de Sojasun Croissance

+ 1 dessert Sojasun 10 mg/jour 14 mg

Enfant de 5 ans : 17kg 4 desserts Sojasun 16 mg 17 mg

Source : documentation SojaSun. Conférence de presse 1er juillet 2005

Pourquoi la limite des 3 ans : l'exception française ?

Souvenons-nous qu'on ne parle pas ici de "médicaments" mais d'aliments.

Pourquoi 3 ans et non pas 2 ou 4 ans ?

Les experts n'ont pas motivé autrement que par le principe de précaution cette limite spécifiquement française.

Ils se sont apparemment basés sur le décret modifié n°91-827 du 29 août 1991 relatif aux denrées destinées à une alimentation particulière qui protège les aliments spécifiques destinés aux nourrissons et aux enfants en bas âge ainsi qu'aux directives telles la 96/5/CE du 16 février 1996 concernant les préparations à base de céréales et les aliments pour bébés destinés aux nourrissons et aux enfants en bas âge (JO-CEE L49 du 28 février 1996). Par définition, la limite juridique officielle pour les "enfants en bas âge" est de 3 ans.

Ce qui n'est pas spécifiquement "adapté" à l'enfant en bas âge n'est pas recommandé.

Cela concerne tous les aliments manufacturés de consommation courante : yaourts aux fruits, desserts lactés, compotes industrielles, fromages à pâte molle etc. Ces aliments ne sont pas "adaptés" aux enfants en bas âge et un jour ou l'autre des experts demanderont de ne pas les "recommander", puis de les "déconseiller" et pourquoi pas de les "interdire" au profit de produits "spécifiquement adaptés" selon un cahier des charges établi par les professionnels de l'enfance.

Bien que l'industrie agro-alimentaire soit bridée en France dans leur communication par la réglementation, les produits de consommation courante (fruits, légumes, céréales, viandes, poissons, oufs, aliments à base de soja etc.) peuvent bien entendu être donnés aux enfants lors de la diversification. Rien n'oblige les parents à utiliser les aliments spécifiquement adaptés.

Bientôt, pourquoi pas, le principe de précaution concernera la pomme qui ne sera pas "recommandée" avant 3 ans et devra être remplacée par une préparation diététique à base de pomme adaptée, sans moisissure, sans pesticide, enrichie en fer, calcium etc.

On peut rêver d'un temps où les enfants de 0 à 3 ans ne devront manger que des aliments enrichis en fer, AGE, AGPILC, pré et probiotiques etc.

Et puis viendra le temps où on se demandera pourquoi se limiter à 3 ans ?

Rêve ou cauchemar ? A chacun sa réponse

Conclusion

Le soja est utilisé depuis des siècles dans l'alimentation. Jamais, il n'a été accusé de provoquer de troubles de la santé. Ce que montre l'observation courante est confirmé par de très nombreuses études. Seules, deux études pratiquées chez la souris et le singe, évoquent des risques potentiels. Ces études qui datent de 2002 n'ont pour l'instant pas été confirmées par d'autres travaux.

A l'heure actuelle, le principe de précaution conseille de limiter l'exposition à de fortes doses d'isoflavones les nourrissons de moins de 6 mois ou de diminuer les doses.

Quel peut-être l'impact sur la santé d'interdire les produits à base de soja jusqu'à 3 ans comme le conseillent les experts de l'AFSSA ? Cette décision n'entraînera aucune amélioration de l'état de santé des enfants puisque la consommation de soja, aux doses raisonnables, ne provoque aucun trouble : sa non consommation ne peut pas en entraîner moins ! Le soja n'étant pas indispensable à la vie, il n'y aura pas non plus de carence particulière.

A titre de comparaison, interdire les sodas, biscuits, laitages et céréales sucrées, confiseries avant 3 ans, provoquerait à coup sur une diminution de l'obésité infantile ! Les résultats d'une telle mesure sanitaire seraient évidents.

Ne nous trompons-nous pas de combat ?

Article complet de Médecine et Enfance au format PDF :


Pour en savoir plus

Livres et articles récents :

Bidat E.: Faut-il avoir peur du soja et craindre l'explosion d'une allergie ? Médecine et Enfance, vol.25, n°8, octobre 2005

Rossant L.: Les préparations à base de protéines de soja chez le nourrisson et l'enfant : table ronde de Bichat et commentaires du Comité de Nutrition de la SFP

Médecine et Enfance, vol.25, n°8, octobre 2005

Ulpat A.: Soja : peut-on en donner à nos enfants ? Famili, décembre 2005

NTP-CERHR EXPERT PANEL REPORT on the REPRODUCTIVE and DEVELOPMENTAL

TOXICITY of SOY FORMULA  : [a|docs/Soy-report-final.pdf]Rapport américain officiel de 2006[/a] (document au format PDF)

Le même au format Word : [a|docs/National_Toxicology_Program-format_W.doc]cliquez[/a]