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La référence pédiatrique en ligne

site complémentaire du livre Votre Enfant, des Drs Rossant, éditions Robert Laffont

La toxoplasmose

 

Un article de VotreEnfant.

1°) De quoi s'agit-il ?

C'est une maladie parasitaire due à un protozoaire transmis par la viande mal cuite ou par les excréments du chat : toxoplasma gondii.

Cette zoonose peut cependant évoluer dans toutes les espèces animales, soit sous forme latente (infection toxoplasmique), soit sous forme évolutive (toxoplasmose-maladie).

La toxoplasmose est souvent asymptomatique, c'est-à-dire que la plupart des individus ont été contaminés sans le savoir. La "toxoplasmose-maladie" est relativement rare.

Tout le danger de la toxoplasmose réside dans les complications qu'elle peut provoquer chez la femme enceinte.

En effet, le protozoaire traverse le placenta, surtout en fin de grossesse, et peut provoquer chez le fotus une toxoplasmose latente susceptible de se révéler plusieurs mois après la naissance par une choriorétinite.

C'est la raison pour laquelle les femmes enceintes séronégatives (c'est-à-dire non immunisées) sont surveillées régulièrement.

Chaque année, environ 750 à 1500 enfants naissent avec une toxoplasmose congénitale.

En France, avant l'utilisation généralisée de la viande congelée, plus de 80% des femmes étaient immunisées avant leur grossesse et seules, 5% des femmes non immunisées contractaient la maladie pendant la gestation. Actuellement, les méthodes modernes de conservation de la viande ont fait diminuer le taux d'infestation dans la population générale car la congélation tue le parasite. Les femmes enceintes non immunisées sont de ce fait de plus en plus nombreuses.

Seul le chat peut être responsable de la transmission de la maladie.

Pour savoir si le chat est susceptible de pouvoir contaminer son entourage, il convient d'effectuer chez celui-ci, d'une part une recherche d'anticorps (2 examens sérologiques à 15 jours d'intervalle), et d'autre part une recherche d'ookystes dans les selles, deux fois à 8 jours d'intervalle.

2°) Comment l'enfant se contamine-t-il?

L'enfant peut se contaminer de deux façons : soit par l'intermédiaire des selles du chat parasité (en mangeant des crudités souillées, en portant ses doigts à la bouche après le nettoyage des plateaux à chats utilisés dans les appartements, surtout lorsque ces chats sont nourris de viande crue, léchage, contact avec la litière souillée etc..), soit par l'ingestion de kystes contenus dans la viande crue ou mal cuite (mouton en particulier). Les enfants jouant dans des bacs à sable fréquentés la nuit par les chats qui viennent y faire leurs besoins, peuvent y souiller leurs mains.

3°) Quels sont les risques?

Le toxoplasme n'est dangereux chez la femme enceinte que lorsqu'il l'infecte pour la première fois et qu'elle n'a pas encore fabriqué d'anticorps. Dans ce cas, le toxoplasme colonise le placenta.

On distingue deux risques :

  • un risque de transmission du toxoplasme au fotus. Un fotus peut être parasité sans développer la maladie.
  • un risque de toxoplasmose-maladie chez le fotus.

Ces deux risques dépendent de facteurs différents.

La transmission parasitaire du placenta au fotus est plus fréquente quand cet organe, plus développé, est parcouru d'un flux sanguin abondant. Cette transmission n'est pas immédiate : il y a toujours un délai au cours duquel le placenta est infecté et le fotus encore indemne. La contamination du fotus se produit parfois bien après celle de la mère d'où les possibilités de sa prévention par le traitement médical et l'importance de la surveillance des sérologies.

La sévérité de l'infection fotale dépend du nombre et de la virulence des parasites transmis et de l'immaturité immunitaire du fotus. L'âge fotal au moment de la transmission est donc fondamental. Plus le toxoplasme est transmis tard, moins les lésions sont graves. Quand l'infection est antérieure à la conception (plus de 6 mois), il n'y a pas de risque de toxoplasmose congénitale. Quand l'infection maternelle s'est produite dans les semaines qui ont précédé la conception ou avant la 10° semaine d'aménorrhée, le risque de contamination fotale est très faible (environ 1%) mais les lésions, lorsqu'elles existent, sont graves. Le risque de toxoplasmose congénitale est maximal quand l'infection maternelle se produit entre la 10ème et la 16ème semaine. Le risque, non pas de maladie, mais de transmission du parasite est maximal pour les infections maternelles acquises après la 16ème semaine mais la maturation immunitaire du fotus a progressé et les infections congénitales sont alors bénignes ou inapparentes. Les enfants doivent toutefois être traités car ces formes torpides d'infection peuvent se réactiver plusieurs années plus tard et laisser des séquelles.

4°) Comment reconnaître une toxoplasmose ?

Chez l'enfant ou l'adulte

L'incubation est de 1 à 3 semaines.

Bien souvent, l'infestation est inapparente, ce qui explique toute la difficulté du diagnostic.

Lorsqu'elle est symptomatique, le tableau clinique se résume chez l'enfant ou l'adulte à un syndrome grippal : une fièvre modérée, un malaise général, quelques courbatures, des adénopathies (ganglions) multiples, des maux de gorge, etc.

La prise de sang peut montrer une hyperéosinophilie, un syndrome mononucléosique.

C'est par l'examen du sang (sérodiagnostic), et par la recherche de Toxoplasma Gondii par PCR, qu'il est possible d'affirmer la toxoplasmose et de préciser si elle est ancienne ou récente.

Chez la femme enceinte

Comme la maladie est souvent inapparente, seuls des contrôles réguliers permettent de faire le diagnostic d'une infection récente.

Le sérodiagnostic de toxoplasmose fait partie des examens obligatoires avant le mariage et au début de la grossesse.

Si une femme enceinte est immunisée avant sa grossesse, le sérodiagnostic est positif et il n'y a aucun danger.

Par contre, si la sérologie pratiquée au début de la grossesse est négative, il faut la contrôler toutes les 4 à 6 semaines. La femme doit prendre quelques précautions : - - éviter si possible les chats et les autres animaux domestiques qui peuvent aussi transmettre le parasite;

  • être sinon très prudente dans les soins donnés au chat domestique, bien se laver les mains ensuite et se soumettre tous les mois à un examen sérologique en vue de dépister une contamination. La litière du chat doit être nettoyée tous les jours (les oocystes ne sont infectants qu'après 3-4 jours).
  • éviter de manger de la viande crue ou peu cuite, surtout de mouton, laver soigneusement fruits et légumes en contact avec le sol.

Le plus souvent la sérologie reste négative et il n'y a pas de problème.

Si elle se positive en cours de grossesse, la contamination de la mère est alors certaine.

Le médecin doit juger du risque d'atteinte fotale.

Si ce risque est faible, la femme est traitée par un antibiotique (spiramycine ou Rovamycine) par cures de 10 jours par mois jusqu'à l'accouchement. Ce traitement sans danger diminue de 60% les risques de transmission. Mais il ne suffit pas si le risque d'atteinte fotale semble élevé ou si cette atteinte est prouvée par le diagnostic prénatal de la toxoplasmose congénitale.

L'échographie peut alors montrer une ascite, une augmentation de volume du foie, une dilatation des ventricules cérébraux. Ces signes de fotopathie sont malheureusement déjà tardifs. L'examen du liquide amniotique (ponction amniotique ou amniocentèse) et surtout du sang du cordon permet un diagnostic plus précoce. La méthode de ponction du cordon in utero à l'aiguille guidée par échographie est possible vers la 24ème semaine. Le parasite peut alors être retrouvé dans ces prélèvements et prouver l'infection. Des signes biologiques d'infection du fotus peuvent aussi être mis en évidence: IgM spécifiques et non spécifiques, IgA antiP30, éosinophilie, thrombopénie, LDH, gamma-GT...

Chez le nourrisson

Les risques théoriques d'une toxoplasmose maternelle pendant la grossesse pour l'embryon et le fotus sont considérables : hydrocéphalie, retard mental, calcifications intracrâniennes, choriorétinite, jaunisse (ictère), atteinte parfois de presque tous les organes ! Un avortement tardif, une mort fotale in utero sont possibles. Mais il peut arriver que chez l'enfant aussi la maladie soit inapparente.

5°) Quel est le traitement ?

La toxoplasmose qui s'accompagne de symptômes (toxoplasmose-maladie) chez l'enfant est traitée par un antibiotique : la spiramycine (Rovamycine®). Dans les cas fréquents asymptomatiques, il n'y a pas de traitement car le diagnostic n'est pas fait et la guérison spontanée est la règle.

En ce qui concerne les femmes enceintes, si elles sont déjà porteuses d'anticorps, elles sont immunisées. Dans le cas contraire, elles doivent éviter de manger de la viande crue ou peu cuite, surtout de mouton, laver soigneusement fruits et légumes en contact avec le sol, être très prudente dans les soins donnés au chat domestique, bien se laver les mains ensuite et se soumettre tous les mois à un examen sérologique en vue de dépister une contamination. Il faut nettoyer la litière du chat tous les jours (les oocystes ne sont infectants qu'après 3-4 jours).

Si l'infection du fotus est démontrée par les techniques biologiques actuelles, le traitement par la Rovamycine est insuffisant. Selon décision de la mère, le médecin propose :

  • soit l'interruption thérapeutique de grossesse (ITG)
  • soit un traitement plus actif mais présentant une toxicité hématologique potentielle : pyriméthamine (Malocide) et sulfamides (sulfadiazine, Adiazine).

La prévention est en principe simple bien qu'il n'existe pas encore de vaccin contre la toxoplasmose. Pour que les filles s'immunisent, on peut leur conseiller de jouer avec des chats et de manger ...de la fondue bourguignonne et du steak tartare !

Pour en savoir plus

Livres :

Perronne C. : Maladies infectieuses, tomes 1 et 2, InterMed, Doin éd., Paris, 2000

Pilly E.: Maladies infectieuses et tropicales. Par le Collège des Universitaires en Maladies Infectieuses et Tropicales (CMIT) 2004 - 2M2, Edition et Communication